Une entreprise russe a présenté un engin à quatre pattes équipé d’un lance-roquette et enveloppé d’un tissu noir lors d’un salon de l’armement en Russie. Il s’agit en réalité d’un modèle développé par une startup chinoise, vendu à bon prix, sans réelle utilisation sur un champ de bataille.

On est encore loin du Terminator avec l’allure de Schwarzenegger. Une entreprise russe, nommée Intellect Machine, a dévoilé un robot chien équipé d’un lance-roquette lors d’un salon de l’armement (Army 2022) ce 15 août 2022 à Moscou. L’engin baptisé M-81 est enveloppé d’un collant noir – qui lui donne un air de chien ninja – et porte un RPG-26 sur le dos, une arme anti-char.

L’agence de presse RIA Novosti – sous tutelle du Kremlin – a décrit l’engin comme capable de travailler dans les zones d’urgence « pour la reconnaissance, traverser les décombres et livrer des médicaments ». Le directeur de la société explique que « cette gamme de robots s’inspire du monde animal pour accomplir les tâches assignées au produit ».

Un modèle low cost, non exploitable par les militaires

Problème : le robot n’est pas du tout développé par la société en question, mais par la startup chinoise Unitree. Sous le collant noir, se cache le modèle GO1 vendu pour 2 700 dollars (environ 2 650 euros) sur le site officiel et disponible sur la plateforme d’e-commerce AliExpress pour 4 687 euros. L’entreprise russe a probablement voulu dissimuler les éléments identifiables de la marque chinoise. Cette dernière s’est elle-même inspirée du fameux robot de Boston Dynamics, Spot, en vente dans le milieu professionnel.

Robot Unitree sur AliExpress // Source : Numerama
Robot Unitree vendu sur AliExpress. // Source : Numerama

Le compte Twitter « Intel Takes », spécialisé dans l’info open source, a même retrouvé le dirigeant de la société « Intellect Machine », un avocat fortuné de Saint-Pétersbourg qui a lancé son entreprise en février dernier, après avoir découvert le robot chinois lors d’un précédent salon de la tech. Il a ensuite financé le bricolage de l’engin par des ingénieurs et a habilement partagé les premiers essais de tir sur YouTube. Les vidéos ont rapidement fait le tour du web, la mise en scène laissant croire que le robot serait capable d’attaquer des soldats sur un champ de bataille.

Trois semaines plus tard, un hacker dévoilait déjà une manière de désactiver le robot à distance, en copiant le signal d’arrêt de l’engin avec une télécommande. Cet exemple montre l’une des nombreuses limites de l’utilisation des « chiens robots » par les militaires.

Des modèles équipés d’armes ont déjà été dévoilés dans des salons précédemment. Les armées américaine, britannique et française, ont toutes testé cette catégorie d’appareil, exclusivement pour de la reconnaissance.

Hormis un travail d’analyse du terrain – que font déjà les produits de Boston Dynamics pour des entreprises du BTP –, les robots chiens n’ont rien à faire sur un champ de bataille. Ils sont trop fragiles, encore très dépendants de l’homme et largement dépassés par l’humain sur les déplacements. Il n’y a pour l’instant aucun intérêt à envoyer un engin à plusieurs milliers dollars se faire exploser les pattes.