Le site CNET a mené pendant deux mois un test avec ChatGPT pour écrire des articles, sans faire preuve d’une grande transparence. Il a fini par l’avouer, après avoir été rattrapé.

ChatGPT sera-t-il partout en 2023, comme le prédit un article publié sur CNET le 11 janvier ? En tout cas, il semblerait que le puissant agent conversationnel était bien parti pour être partout sur CNET… ou presque : il a été découvert que le site spécialisé dans les nouvelles technologies exploite ce nouvel outil pour écrire des articles à sa place.

C’est ce qu’a annoncé le média dans un autre article, paru le 13 janvier — dans celui-ci, il est expliqué que CNET a expérimenté l’écriture de plusieurs dizaines d’articles (il y en a eu environ 75) avec ChatGPT. Les sujets n’ont toutefois pas été publiés de façon brute : ils ont d’abord été « relus, vérifiés et édités » par un membre de l’équipe spécialiste du sujet, selon le site.

ChatGPT Midjourney
L’IA qui imagine une IA : Midjourney a généré sa vision de ChatGPT écrivant un article. // Source : Midjourney

Tout cela n’est pas nécessairement un problème tant que les choses sont clarifiées bien en amont. Un nouvel outil rédactionnel est apparu et tout le monde explore ses capacités en matière d’intelligence artificielle pour voir de quelle manière il pourrait concrètement servir. Les médias aussi, que ce soit pour générer un résumé, établir des listes, reconnaître une image et ainsi de suite.

Des articles signés « CNET Money »

Mais dans le cas de CNET, le test a d’abord été fait dans une grande discrétion : il a débuté en novembre au sein de la rubrique CNET Money avec l’idée de produire des articles explicatifs et, selon CNET, basiques sur des sujets liés aux services financiers. Sauf qu’entre novembre et le 13 janvier, la signature sur tous ces articles se limitait simplement à « CNET Money ».

Pour en savoir plus, il fallait passer la souris par-dessus la signature pour en savoir plus, selon le site. Ce n’est désormais plus le cas. Une mention directement affichée dans l’article indique que l’écriture de ce sujet a été assistée par un moteur d’IA et revue, vérifiée et éditée par notre équipe éditoriale. Le nom de la personne ayant validé le papier est aussi mentionné.

Numerama aussi a laissé ChatGPT écrire un article, dans le cadre d’un test : c’était un sujet pour le mettre justement à l’épreuve, en lui demandant de se décrire. Mais nous avons annoncé la couleur dès le titre (« ChatGPT, c’est quoi ? On a laissé ChatGPT répondre à la question »), ajouté une précision dans le sous-titre, puis développé quelques réflexions sous l’article généré par l’IA.

ChatGPT CNET
La nouvelle mention sur CNET. // Source : Capture d’écran

Le test fort discret mené par CNET a créé quelques remous outre-Atlantique : le site BuzzFeed s’en est amusé en demandant à ChatGPT d’écrire un sujet au sujet de cette histoire (« Un site d’informations tech a utilisé l’IA pour écrire des articles, alors nous avons fait pareil ici »). Le papier est annoté et inclut une mise à jour sur la révélation de CNET le 13 janvier.

Comme le dit ironiquement l’article artificiel de BuzzFeed, la pratique de CNET ne peut que soulever des questionnements lourds en matière d’éthique et de transparence. Conduire des tests de cette nature est en effet susceptible d’abîmer durablement le pacte journalistique entre les médias et le public — alors que la presse fait déjà face à une certaine défiance.

Les explications de CNET peuvent certes s’entendre : il s’agissait de voir si l’IA peut se placer sur une production ayant une faible valeur ajoutée, ce qui permettrait de dégager du temps à l’équipe rédactionnelle de se déployer sur des sujets de plus grande qualité. Il peut aussi s’agir d’un appui pour optimiser la lisibilité de l’article, son référencement ou sa structure.

C’est peut-être d’ailleurs plus sur l’optimisation des articles, plutôt que l’écriture des papiers eux-mêmes, que ChatGPT et les autres agents conversationnels devraient être de plus en plus sollicités. Plutôt que d’avoir des équipes spécialisées en SEO, ou des personnes dédiées à cette tâche, des outils comme ChatGPT vont sans doute se démocratiser. Mais le saura-t-on ?


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